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Présidentielle 2012 : le programme "petite enfance" de... JEAN-LUC MÉLENCHON (FG)

12 Avril 2012, 05:00am

Publié par Papa Online !

Présidentielles 2012

 

 

Du 9 au 18 avril, je vous propose sur Papa Online une rubrique un peu différence des rubriques habituelles : les Présidentielles 2012.Vous le savez toutes et tous, le premier tour est programmé au dimanche 22 avril. S'il va de soit qu'il faille aller voter en masse pour faire passer le candidat de son choix, une problématique nous interpelle toutes et tous sur les sites et blogs de parents : la question des modes de garde et autres thématiques liées à nos bébés/enfants.

C'est pourquoi j'ouvre le débat "politique" également sur Papa Online, sur cette question qui concerne tou(te)s les Françai(se)s... mais qui reste un sujet secondaire, tertiaire... voire inexistant à ce jour, notamment sur les plateaux télévisés, les radios et autres médias écrits.

Faisant suite au courageux débat proposé il y a quelques jours par le Collectif Pas de bébés à la consigne, mon but n'est de vous reporter que les articles (programme) postés sur les sites officiels des 10 candidats à l'élection présidentielle. Et pour que la parité reste 100% de mise, je vous les propose dans l'ordre établi par le Conseil Constitutionnel.

A vous la parole : n'hésitez surtout pas à réagir quant aux propos tenus par chaque candidat(e) !!!

Aujourd'hui, premier discours trouvé sur un site officiel de candidat(e), celui de : JEAN-LUC MÉLENCHON (Front de Gauche).

 

JEAN-LUC MÉLENCHON (FG)

 

Réponse de Jean-Luc Mélenchon et du Front de Gauche de la petite enfance au Collectif "Pas de bébés à la consigne".

 

Madame, Monsieur;

Vous avez sollicité le Front de Gauche concernant la situation de l’accueil de la petite enfance dans notre pays, je vous en remercie.

Vous évoquez tout d’abord une série de mesures que dans l’ensemble nous partageons pleinement.

Je tiens à vous préciser que le Front de Gauche est à l’origine d’un appel en faveur de l’enfance. Il s’intitule « Pour des politiques de l’enfance bienveillantes et émancipatrices », marque de notre intérêt et marque de notre volonté de faire partager les enjeux autour de ces politiques.

C’est pourquoi j’ai demandé au Front de Gauche de la petite enfance de vous présenter notre vision d’ensemble des enjeux et politiques publiques liés à l’accueil de la petite enfance, chemin faisant vous trouverez réponse à vos questionnements et propositions spécifiques.

Je vous prie d’agréer, Madame, Monsieur, l’expression de mes salutations distinguées.

Jean-Luc Mélenchon

……..

Tout d’abord nous supprimerons d’urgence toutes les mesures qui permettent sa marchandisation comme les jardins d’éveil mais aussi tout ce qui mène à la privatisation de l’accueil de la petite enfance comme les mesures dites Raffarin créant des établissements intégralement privés.

Nous sommes aussi assez réticents devant le développement des crèches d’entreprise. Outre le caractère paternaliste et intrusif du point de vue de la vie privée qu’elles induisent, ces crèches sont souvent un moyen supplémentaire de faire pression sur les salariè-e-s et leurs horaires de travail. Ainsi le témoignage du DRH de Schneider, grande entreprise de l’agglomération grenobloise est-il révélateur. Il constate que le fait de disposer d’une crèche lui permet de demander « sereinement » aux salarié-e-s de travailler plus longtemps. Par ailleurs des études ont montré que cette situation générait du stress pour les salarié-e-s. Insistons aussi sur le fait qu’au final, cela revient moins cher à une entreprise qu’à une collectivité puisque celle-ci cumule les aides de l’Etat « ordinaires » et des déductions fiscales. A l’heure où on ne cesse de dire que l’argent public manque, nous considérons que la première chose à exiger des entreprises est le paiement des cotisations sociales et contributions fiscales dues ; autant de recettes nécessaires au développement des politiques publiques.

Pourquoi refuser la marchandisation et la privatisation de l’accueil de la petite enfance ? Pourquoi vouloir privilégier le Service Public ? L’enjeu n’est pas la simple garde des enfants afin que les parents, les mères le plus souvent dans les faits, puissent aller travailler, même si l’articulation travail et vie privée est un élément déterminant d’émancipation féminine en particulier. Pour nous, il s’agit de mettre en œuvre la veille bienveillante auquel ont droit tous les enfants sans aucune distinction de quelque nature que ce soit. Or seul le service public garantit l’égalité d’accès y compris des enfants qu’on dit différents. Cette veille bienveillante suppose aussi l’intégration dans un réseau de professionnels dont les PMI. Plutôt que d’inventer des catégories scandaleuses censées détecter les signes d’une future délinquance, elle même précoce, nous doterons les PMI des moyens nécessaires pour assurer leur rôle de prévention auprès des enfants et de leur famille. Enfin, puisque nous considérons que la socialisation est un droit, il faut disposer de l’outil permettant sa mise en œuvre. Encore une fois, seul le service public le permet.

Y’aurait-il à partir de là un risque de retirer aux familles leur capacité de choix d’accueil pour leurs enfants ?
 Outre le fait que les familles resteront libres des choix éducatifs concernant leurs enfants, tant bien sûr qu’ils sont effectués dans l’intérêt de ceux-ci. Nous voulons insister sur un point. En effet on associe au service public l’accueil collectif, or comme de nombreuses communes le font, le service public a la capacité d’organiser de l’accueil familial. Il présente l’intérêt de proposer un accueil individualisé au domicile d’un-e assistant-e maternel-le avec des obligations de temps collectifs.

Enfin vous évoquez à juste titre la directive service. Il est évident au vu du développement précédent, qu’une des missions de la France sera de porter la question de la protection des services publics et des biens fondamentaux vis-à-vis de la marchandisation, non seulement pour notre pays, mais pour l’ensemble de l’espace européen. Si nous échouons à convaincre d’autres pays, alors nous prendrons toutes nos responsabilités, et agirons à l’échelle de notre pays.

Nous évoquions l’accueil familial. C’est ce modèle concernant l’accueil individuel que nous voulons développer et certes pas les mini crèches et autres maisons d’assistantes maternelles qui ne sont que des pis aller. Ainsi les assistantes maternelles libérales seront progressivement intégrées à ce grand service public de la petite enfance. Cela permettra aussi d’accroître leur qualification et compétences. De surcroît ne pas positionner les parents comme employeurs nous paraît positif et de nature à construire des relations d’autant plus apaisées et sans rapport de force entre les professionnel-les et les parents. C’est une des conditions de la coéducation.

De manière générale il nous faut empêcher tout ce qui induit une moindre professionnalisation. D’abord car reconnaître le fait que s’occuper d’enfants demandent des qualifications permet aussi de sortir ces politiques du « ghetto » féminin dans lesquelles on les enferme. Cela permet aussi d’affirmer qu’il ne suffit pas d’être une femme pour être parent ou savoir s’occuper  d’enfants. Or pour une profession très majoritairement féminine, c’est évidemment un enjeu. Enfin c’est la simple reconnaissance de la réalité du travail d’accueil du petit enfant. Ainsi le décret dit « Morano » sera immédiatement abrogé, d’autant plus qu’il correspond à une volonté de faire des économies au détriment de la qualité d’accueil des petits et des conditions de travail des professionnels.

Au delà des questions qualitatives, l’urgence sera à la mise en œuvre d’un plan massif de places d’accueil à hauteur de 500 000. Nous travaillerons avec les professionnels et leurs organisations syndicales à l’établissement de normes d’encadrement et de qualification privilégiant la mixité professionnelle et garantissant la qualité de l’accueil et du projet éducatif des structures. Les moyens publics (financiers, formation initiale et professionnelle) seront mobilisés en conséquence.

Vous évoquez la question de la scolarisation des petits. Nous pensons que l’école maternelle doit donner la possibilité de les intégrer. Mais cela suppose une adaptation de celle-ci, l’embauche d’enseignants en nombre suffisant et bien évidemment la remise en œuvre de la formation initiale et continue. A cela s’ajoute le fait que nous sommes favorables à l’extension de la scolarité obligatoire de 3 à 18 ans. Enfin nous accordons une grande attention aux espaces passerelles. Il s’agit de structures mixtes : éducation nationale et petite enfance qui permettent en particulier aux enfants n’ayant jamais fréquenté de structures collectives de préparer leur entrée à l’école maternelle et de permettre aux parents de faire l’apprentissage de la séparation. Ces espaces rares sont fermés les uns après les autres par le gouvernement qui n’a d’ailleurs jamais voulu en faire un vrai bilan alors que les professionnels sont unanimes à reconnaître leur grand intérêt. Nous pousserons cette réflexion.

Vous le savez, la CAF qui agit sous l’égide de la CNAF, elle même dépendante des moyens que veut bien lui octroyer le gouvernement, est un acteur majeur de ces politiques. Or force est de constater que depuis quelques années, ce sont des normes comptables qui dominent plutôt qu’un regard partagé et bienveillant avec les collectivités sur la population. Il faut par des moyens suffisants et par une remobilisation politique des administrateurs CAF et CNAF inverser ces logiques.

Enfin, permettez nous d’ajouter encore un élément. Il ne vous a sans doute pas échappé que la compétence accueil de la petite enfance n’est attribuée à aucune collectivité. A peine les Conseils Généraux ont-ils la responsabilité de fixer un schéma départemental d’accueil, ce qui ne veut pas dire mise en œuvre de celui-ci. Nous militons pour une Constituante afin de tourner la page de la Vème République et de l’étonnante et antidémocratique monarchie républicaine que nous subissons. L’organisation territoriale et l’attribution des responsabilités et compétences incombant à chaque niveau de décision sont évidemment partie prenante de cette question. Sans préjuger du résultat de ce que sera cette grande consultation populaire et citoyenne, il faudra clarifier cette question. Logique bien plus efficace qu’un hypocrite droit opposable quand les moyens humains et financiers ne permettent pas d’assurer le droit pour les enfants et les familles celui d’un accueil de qualité, laïque et accessible pour tous.

 

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